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Tuesday, January 31 2006

Qui a dit repentance ?

Le 10 mai commemorera l'abolition de l'esclavage. Telle est la décision que vient de prendre le Président de la République, à peine quelques mois après que son ex-Premier ministre l'en dissuade. En effet, ce jour correspond à celui de l'élection de François Mitterrand. Mais c'est avant tout la date anniversaire de la loi Taubira, qui reconnaît l'esclavage comme crime contre l'humanité.

Saturday, November 26 2005

Discrimination positive



"L'égalité réelle des chances passe par la discrimination positive"

La flambée de violences urbaines qui a secoué nos grandes agglomérations jette une lumière crue sur les défaillances de notre modèle de société. Face à ces événements, il fallait d'abord restaurer l'autorité de l'Etat et protéger nos concitoyens, à commencer par les plus vulnérables d'entre eux. Rien ne peut en effet justifier les débordements inadmissibles dont nous avons été les témoins. Aucune difficulté sociale n'autorise à détruire la voiture d'autrui, à incendier des crèches et des écoles, à battre à mort son voisin ou à agresser les forces de l'ordre. Les auteurs de ces crimes et délits doivent être sanctionnés sans faiblesse.

Mais en toile de fond de ces événements, chacun voit bien qu'il y a des territoires urbains dans lesquels se concentrent tous les maux que nous n'avons pas su ou pas voulu traiter depuis 30 ans : le chômage de masse, l'immigration subie, l'échec scolaire et le blocage de l'ascenseur social. Malgré des dépenses sociales en progression constante –près de 500 millions d'euros aujourd'hui, soit 8 points de PIB de plus qu'en 1981-, et en dépit de la succession des plans d'urgence qui ont englouti plus de 40 millions d'euros depuis l'invention de la politique de la ville, nos banlieues se sont inexorablement enfoncées dans la crise. Un jeune sur deux sans emploi, trois enfants sur quatre arrivant en 3ème avec au moins un an de retard, six fois plus d'élèves ayant interrompu leurs études à l'âge de 18 ans, voilà les tristes statistiques de notre échec. Il y a bien quelques jeunes des quartiers sensibles qui parviennent, au prix d'une incroyable ténacité, à poursuivre avec succès des études supérieures. Mais reconnaissons que leur accès à un emploi correspondant à leurs qualifications ou à un logement se heurte souvent à une nouvelle barrière, celle des préjugés et parfois du racisme. Le taux de chômage des enfants d'immigrés ayant reçu une formation supérieure est ainsi deux fois plus élevé que celui des actifs de même niveau

Faute de perspectives crédibles d'intégration et de promotion pour leurs habitants, ces quartiers ont eu tendance à se replier sur eux-mêmes, à se réfugier dans une contre-société avec ses propres codes, ses propres règles et même son propre langage. Ils se sont de plus en plus organisés à côté de nous et de moins en moins en moins avec nous.

Nous ne pouvons continuer à accepter qu'un nombre croissant d'individus soient assignés à des destins écrits d'avance. Et nous ne pouvons plus simplement invoquer des principes qui, comme l'égalité des chances, ne sont plus des réalités tangibles pour beaucoup de nos compatriotes. Ces principes, encore faut-il les faire revivre et les traduire en actes pour qu'ils s'inscrivent à nouveau dans les faits. Proclamer l'égalité devant la loi ne suffit plus : il convient désormais de promouvoir aussi l'égalité par la loi.

Quand je plaide en faveur de la discrimination positive à la française, c'est précisément à cette politique active d'égalité par le droit que je fais référence, c'est une certaine idée de la justice et de l'égalité réelle que je défends. Ce qui m'anime, c'est l'ambition d'offrir à chacun d'entre nous, quels que soient sa naissance et son lieu de résidence, les possibilités effectives d'épanouissement et de réussite qu'il est droit d'attendre et d'espérer pour lui-même et pour ses enfants.

Finissons-en une bonne fois avec cette rumeur absurde selon laquelle je serais un partisan du communautarisme et des quotas ethniques. Ce n'est pas ma vision de la nation française, dont l'une des spécificités les plus remarquables est justement de vouloir intégrer toutes les populations en une seule communauté de valeurs et de destin. Finissons-en également avec cette idée qui voudrait que la discrimination positive que je propose conduise à exonérer ses bénéficiaires de tout effort. Au contraire, pour ceux dont les conditions objectives de réussite sont très dégradées, il s'agit de faire en sorte que l'effort ait à nouveau un sens et que le mérite soit enfin récompensé. De ce point de vue, les initiatives prises par Sciences Po Paris et d'autres pour s'ouvrir aux meilleurs élèves des lycées situés en ZEP me paraissent parfaitement conformes à l'idéal républicain. Au demeurant, la notion de discrimination positive a été formulée il y a quelques années par le Conseil d'Etat pour désigner toutes les politiques visant à en faire plus pour ceux qui ont moins. Je pense notamment aux emplois aidés, aux mesures en faveur de la parité entre homme et femme, aux actions relatives à l'insertion des personnes handicapées ou encore à l'aménagement du territoire, qui consiste à se mobiliser davantage pour les territoires cumulant les handicaps géographiques, économiques ou sociaux.

Le territoire me semble d'ailleurs devenu l'un des facteurs les plus structurants de la reproduction et de l'amplification des inégalités. Notre politique d'aménagement du territoire doit de toute urgence réinvestir cette problématique et imaginer des réponses adaptées. Dans le cadre de mes attributions ministérielles, j'aurai prochainement l'occasion de faire des propositions en ce sens. Notre ambition en la matière ne doit pas se limiter aux zones rurales. Elle doit aussi s'adresser aux agglomérations, et singulièrement aux banlieues.

Mais cette approche par les territoires ne suffit pas. Elle doit être complétée d'une approche par les personnes. Il serait profondément injuste d'aider indistinctement les individus qui font des efforts et ceux qui persistent à n'en faire aucun, ceux qui respectent les règles de la vie commune comme ceux qui les bafouent. On ne peut valablement aider que ceux qui veulent véritablement s'en sortir.

La noblesse de la politique, c'est de hiérarchiser les priorités et de faire des choix. C'est choisir d'aider davantage tel département rural plutôt que les Hauts-de-Seine, telle ville pauvre plutôt que Neuilly, tel enfant de La Courneuve ou d'un bassin industriel sinistré plutôt que tel élève des beaux quartiers de Paris. Et si par ce biais nous touchons beaucoup d'enfants ou de petits-enfants d'immigrés, c'est normal. Ils sont français et leur avenir est en France.

Bien sûr, les entreprises, à commencer par les plus grandes, doivent apporter une contribution essentielle au déblocage de l'ascenseur social dans nos banlieues les plus défavorisées. Certaines d'entre elles ont déjà manifesté leur volonté d'agir. Je ne peux que les encourager à aller plus loin. Les services de l'emploi doivent s'organiser pour accompagner cette mobilisation. En renforçant leur présence et en adaptant leurs interventions dans les quartiers difficiles. En n'hésitant pas à faire appel à des prestataires privés qui ont fait la preuve de leur efficacité dans l'insertion ou le reclassement de publics spécifiques. Mais si nous voulons que le secteur privé s'implique dans ce domaine, le secteur public, et en particulier l'Etat, se doivent d'être exemplaires. L'Etat doit redevenir le vecteur de promotion sociale qu'il a été par le passé, en s'affirmant comme le premier acteur de la grande politique de discrimination positive que j'appelle de mes vœux.

Tout d'abord en créant les conditions permettant aux élèves les plus méritants d'exprimer toutes leurs potentialités et de réussir leur parcours scolaire. Pourquoi ne pas généraliser les internats d'excellence, dont j'ai pris l'initiative dans les Hauts-de-Seine, afin d'offrir à ces élèves un cadre de travail améliorant leurs chances de succès ? Pourquoi ne pas envisager d'accroître fortement la rémunération actuellement versée aux enseignants qui acceptent des postes dans les quartiers les plus difficiles afin d'y attirer et d'y retenir les plus motivés et les plus expérimentés ? Pourquoi ne pas réserver dans les classes préparatoires aux grandes écoles quelques places aux meilleurs élèves des ZEP ?

Par ailleurs, nombreux sont les ménages qui n'ont aujourd'hui d'autre choix que de résider dans des zones urbaines sensibles (ZUS). Nous devons créer pour eux les conditions d'une véritable mobilité résidentielle. Pourquoi ne pas réserver aux personnes issues de ces quartiers, pendant 5 ans et dans chaque bassin de vie, un pourcentage des places disponibles dans les HLM qui se situent hors des ZUS ? C’est tout à fait possible car 75% des logements sociaux ne se trouvent pas dans les ZUS. Il suffit de le vouloir. On pourrait aussi imaginer de majorer certaines aides au logement afin d’offrir à leur bénéficiaires une véritable liberté de choix de leur habitation. Tout cela suppose plus largement d'accroître et de diversifier l'offre de logements, dans les banlieues sensibles comme dans les quartiers résidentiels et de centre-ville.

Enfin, le mode de recrutement classique de l'administration française est le concours. Il doit le rester. Mais aujourd'hui certains partent de si loin qu'ils n'ont aucune chance de réussir les concours. En amont, nous pourrions développer des bourses de service public destinées à financer les études des élèves les plus méritants des ZEP dès lors qu'ils s'engagent à passer un concours de la fonction publique. Il est aussi possible de concevoir des cycles préparatoires rémunérés pour inciter les étudiants issus de milieux modestes à poursuivre leurs études.

A la place où je me trouve, j'ai décidé de passer sans attendre de la théorie à la pratique. J'ai donc engagé avec les services du ministère de l'intérieur un plan d'actions pour diversifier notre recrutement. Dès l'année prochaine, des préparations intégrées -avec internat- aux concours des différents corps de la police, de la gendarmerie et de la sécurité civile seront mises en place.

On peut imaginer des dispositifs plus ambitieux. Le principe d'égal accès aux emplois publics ne s'oppose absolument pas à ce que les règles de recrutement de la fonction publique soient différenciées pour tenir compte de la variété tant des mérites à considérer que des besoins du service public. L'administration pourrait tout à fait recruter ses agents davantage en fonction de la capacité et des aptitudes professionnelles des candidats que de leurs diplômes universitaires et de leur réussite à des épreuves théoriques qui tendent à favoriser ceux venant d'un milieu aisé. Pourquoi ne pas instaurer un 4ème concours réservé aux personnes originaires des zones urbaines et des régions industrielles les plus sensibles? Il s'agirait d'une disposition temporaire, édictée dans le cadre des possibilités d'expérimentations ouvertes par l'article 37-1 de la Constitution.

Si tous nous nous mobilisons, si toutes les administrations, grandes entreprises, établissements d'enseignement supérieur s'engagent, si tous les responsables politiques font le choix de l'action, alors, j'ai la conviction que nous pouvons changer la donne et progresser à nouveau sur la voie de l'égalité réelle, celle qui est inscrite aux frontons de nos édifices publics.

Nicolas Sarkozy
Président de l'Union pour un Mouvement Populaire
Ministre d'Etat
Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire

Friday, November 25 2005

Non à la grève !



Depuis maintenant deux mois, les syndicats, et plus particulièrement la CGT, ont entamé une série de grèves à répétition dans les entreprises publiques : le Port Autonome de Marseille, la SNCM, la RTM, EDF, SNCF, RATP...
Sous couvert d’une prétendue défense des services publics, ces syndicats n’ont pour volonté que de défendre leurs propres privilèges au dépend de tout le pays. Il nous faut dénoncer le comportement inacceptable de ces irresponsables qui bloquent la France, pénalisent nos concitoyens et détruisent des emplois qu’ils sont censés protéger.

PAM, SNCM et RTM : Marseille se meurt...
Les commerçants du centre-ville ont perdu plus de 40 % de leur chiffre d'affaires depuis maintenant un mois et demi. Des entreprises à court de trésorerie sont en liquidation judiciaire, des salariés sont licenciés, l'image de la ville écornée pour de nombreuses années...

On pourrait croire que le combat des syndicalistes est justifié, qte leur cause est juste. Pourtant, ce n’est pas le cas. La CGT s'oppose à ce que le nouveau tramway soit exploité en partenariat avec une entreprise privée. Cette cogestion va pourtant amener un coût d’exploitation moindre (donc des finances publiques allégées d’un poids), un réseau mieux géré et un prix du billet identique pour les usagers.

Concernant le PAM et la SNCM ? La même logique. On propose que des entreprises privées, moins chères et plus efficaces, prennent le relais des entreprises publiques en situation de faillite.

Pourquoi la CGT s'y oppose ? Parce qu’elle veut conserver un monopole dans les derniers secteurs où ce syndicat hors d'âge, qui prône encore la lutte des classes, est encore majoritaire.

Où est l'intérêt des travailleurs dans l'action de la CGT ? Où est l'intérêt général ? Nulle part. Seul compte son propre intérêt et celui de ses membres. D'ailleurs les salariés de la RTM qui veulent travailler sont menacés, insultés et même battus. De nombreuses plaintes ont été déposes par les salariés de la RTM contre les adhérents de la CGT.

Le Port de Marseille a perdu de nombreux contrats à cause de ces grèves ? Ils s'en moquent.

La justice a déclaré illégale la grève de la RTM à Marseille. Qu’a décidé de faire la CGT ? Une nouvelle grève...

EDF
L’entrée d'EDF sur le marché boursier est le plus grand succès de l'histoire des introductions en Bourse en France. Les salariés ont souscrits en masse (60%) des actions de leur entreprise, plébiscitant ce choix du Gouvernement.

Qu'a dit la CGT ? On fait une manif pour s'opposer à cette mesure… Ce syndicat est dépassé, coupé des véritables aspirations des travailleurs.

SNCF, RATP
La SNCF a un déficit structurel, une dette abyssale et un avenir assombri par les retraites de ces agents à financer. Qui peut véritablement croire que cette entreprise pourrait être privatisée ? Quel investisseur serait assez inconscient pour racheter cette compagnie ? Pourtant les syndicats, CGT en tête, se lancent dans une nouvelle grève pour dénoncer une "privatisation rampante". Le Ministre des l’Equipement et des Transports prend un engagement écrit qu’il n’y aura pas de privatisation ? La grève est tout de même maintenue.

La véritable raison de cette grève est encore plus choquante. La CGT ayant décidé de dénoncer l’accord d’Intéressement au sein de l’entreprise, les salariés de la SNCF n’ont pas pu toucher la prime prévue de 150 € environ. Or, comme les élections professionnelles approchent, la CGT doit se racheter de sa bévue et cherche à obtenir par le conflit une prime au moins équivalent à celle qu’aurait dû percevoir les agents.

De leur côté, les syndicats des conducteurs demandent des augmentations de salaire et des embauches supplémentaires. Il faut savoir qu’un conducteur de TGV a un salaire bien supérieur au SMIC avec en sus :

- une prime de fin d’année ;
- une prime de travail ;
- une prime de parcours ;
- une prime de TGV ;
- une prime de charbon ;
- une gratification de vacances ;
- une gratification annuelle d’exploitation ;
- une indemnité pour heures supplémentaires ;
- une allocation de déplacements (non imposable) ;
- une prime à l’absence de prime (non, vous ne rêvez pas !).

Son temps de travail est de 25 heures par semaine, sa retraite est à 50 ans, ses soins sont gratuits auprès d’un des 15.900 établissements de soins agréés où ils sont couverts à… 100% ! Il ne faut pas oublier l’avantage principal : l’emploi à vie.

Pourtant, les syndicats font grève pour demander des augmentations de salaire avec nos impôts, et plus d'embauches pour travailler moins. Cela, alors même que chaque jour de grève coûte 20 millions d’euros à la SNCF et peut-être autant à l’économie française…

La comédie a assez duré ! Ne laissons plus des syndicats extrêmistes, archaïques et imposteurs ruiner notre pays et faire croire qu’ils se battent pour l’intérêt général.

Dans ce contexte particulièrement difficile, il faut donc souhaiter l’élaboration de toute urgence d’une loi instaurant un service minimum dans les transports, afin de garantir à chacun la liberté de se déplacer en toute circonstance.

Thursday, November 24 2005

À quoi joue-t-il ?



En votant aujourd'hui contre le Projet de Loi de Finances pour 2006, François Bayrou et la majorité du groupe UDF à l'Assemblée se sont délibérément et durablement placés dans les rangs de l'opposition.

De toute évidence, la rupture entre la majorité et les députés UDF semble consommée. Les représailles de l'UMP ont d'ores et déjà commencé : tout d'abord, face à l'attitude des membres de l'Union pour la Démocratie Française qu'il juge inacceptable, Bertrand Accoyer, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale a demandé au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA), de décompter dès à présent le temps de parole de l'UDF parmi celui de l'opposition ; ensuite, bien que ce soit une décision regrettable mais tout à fait compréhensible, il n'y aura plus de listes communes UDF/UMP dans les circonscriptions des députés UDF sortants. Chaque élu UDF sera donc opposé à un candidat UMP, ce qui pourrait favoriser le Parti Socialiste dans les 27 circonscriptions UDF lors des législatives de 2007.

Dans un climat aussi délétère le problème s'élargit aussi, à plus long terme, aux municipales, cantonales et même régionales pour lesquelles on envisage difficilement des listes communes UDF/UMP.

En votant contre une loi de Finances, l'UDF a franchi une limite symbolique qui l'ammène tout droit dans l'opposition. À quoi jouent donc François Bayrou et ses acolytes ? La question reste ouverte...

Wednesday, November 23 2005

Qui sont-ils ?



Alors que ce week-end avaient lieu dans toute la France les 48 heures pour participer au mouvement populaire, qui ont permis à l'UMP de s'approcher un peu plus encore de son objectif de 200.000 adhérents avec près de 6.000 nouvelles adhésions, nous avons voulu, en nous appuyant sur une enquête réalisée par l'institut IPSOS, nous pencher sur le profil des nouveaux adhérents du parti majoritaire.

Ainsi, on découvre que la politique commence à séduire de nouveau les Français, et notamment les femmes et les jeunes. L'UMP est donc en passe de réussir son opération séduction à l'heure où la côte de popularité de son président, Nicolas Sarkozy, vient de progresser de 11 points. En effet, on apprend que 42% des nouveaux adhérents de l'Union pour un Mouvement Populaire sont des femmes (une première dans un monde très largement dominé par les hommes). 21% sont des jeunes âgés de moins de 34 ans qui viennent renforcer les rangs des Jeunes Populaires (7% des nouveaux adhérents sont d'ailleurs étudiants).

Autre phénomène étonnant : 14% des nouveaux adhérents viennent de familles qui se situent plutôt à gauche. Sinon, l'essentiel des nouveaux effectifs se définit comme gaulliste (36%) ou libéral (35%).

En analysant cette enquête en profondeur, on retient que les aspirations principales des nouveaux adhérents sont le travail, la justice et la liberté, et leurs préoccupations essentielles l'immigration, la réforme de l'État et celle des 35 heures. 78% des sondés concédent que c'est le discours et les propositions de Nicolas Sarkozy qui ont motivé leur adhésion au parti majoritaire.

Enfin, les nouveaux adhérents se déclarent prêts à s'investir, pour 2007 et 2008 (élections présidentielle, législatives et cantonales), dans la participation au grand débat d'idées, l'élaboration du programme de l'UMP et l'élection du candidat à l'élection présidentielle lors des primaires organisées en janvier 2007...

Monday, November 21 2005

Qui dit mieux ?



Ce week-end les socialistes se sont rassemblés au Mans pour faire la synthèse des motions hollandaise, fabiusienne et peillonaise. Ont-ils pour autant « trouvé » un programme, voire simplement des idées ? Eh bien non, pas la moindre idée pouvant faire progresser la France.

Alors que les Français réclament un véritable changement à tous niveaux, les socialistes ont décidé de revenir en 2002. Ils se sont ainsi mis d’accord sur l’abrogation de toutes les lois votées par la droite (retraite, sécurité sociale, école, etc.), et sur la renationalisation totale d’EDF.

Pour EDF, ont-ils précisé aux Français comment l’État, surendetté et vivant largement au dessus de ses moyens, serait en mesure de racheter les 15% du capital de l’entreprise publique qu’il vient de céder ? Non, bien évidemment ; car c’est tout simplement irraisonné...
En souhaitant l’abrogation des réformes de ces dernières années, le PS montre sa volonté de revenir en 2002. Ainsi, n’ayant pas trouvé d’idée pour construire, ils décident de tout détruire. Frustrés au Parti Socialiste ?

Pourquoi un tel gauchissement ? Auraient-ils peur de l’extrême gauche et de cette nuée de néo-communistes ? Aujourd’hui, plus aucun socialiste n’a le courage de les affronter. Bien que François Mitterrand ait fait des dérapages assez catastrophiques (en langage familier je dirais « de belles conneries ») durant ses deux mandats, je dois avouer qu’il a au moins le mérite, lui, d’avoir réussi à exterminer les rouges avec son programme commun de la gauche…

Mais ce qui est le plus ahurissant dans la synthèse socialiste, c’est de voir qu’ils ont une fois de plus cédé à la démagogie la plus extrême (sur une idée brillantissime de Monsieur Sang Contaminé – Laurent Fabius de son grand nom). Ceci est vraiment regrettable...

Le SMIG à 1.500€ d’ici 2010 ! De qui se moquent-t-ils ?! Quel parti, quel économiste, quel devin peut prédire la situation économique de la France dans 5 ans et déclarer une hausse aussi spectaculaire du salaire minimum ? Aucun !
Tout d’abord, car ça ne peut pas se décider comme ça. Le SMIG doit tenir compte de l’inflation, du niveau de vie, du pouvoir d’achat et d’un certain nombre d’autres critères. Comment les socialistes peuvent prévoir ces facteurs 5 ans à l’avance ? Ceci est tout bonnement impossible. Il est envisageable que le SMIG, du fait de ses réévaluations successives, soit supérieur à 1.500€ en 2010. Mais cela serait dû à une évolution normale.
Ensuite, car l’annonce d’une augmentation aussi spectaculaire entraîne de nombreux problèmes dont le suivant : quid des autres salaires ? Ceux qui ont trimé pour obtenir un salaire légèrement supérieur au SMIG (1.400€ environ par mois), accepteront-ils de retomber à un salaire minimum garanti que n'importe qui, sans aucune formation spécifique, peut obtenir ? Ceci est impensable ! Il faudrait donc une réévaluation de tous les salaires. L’effet d’annonce de ces 1.500€ perd ainsi tout son sens.

Cependant, même s’ils n’ont pas de programme permettant de faire avancer la France, ils se sont malgré tout mis d’accord sur des idées destructrices. Leur alliance de façade (d’ailleurs boudée par Arnaud Montebourg et sa VI° République) ne règle toutefois pas le problème du ou des candidats socialistes pour la présidentielle de 2007… Il semblerait que le mieux placé pour être candidat soit aujourd'hui le moins crédible : le premier secrétaire du PS, François Hollande.

Militants et sympathisants socialistes, j'avoue éprouver de la compassion pour vous. Il est extrêmement difficile de voter pour un programme inexistant, mais si en plus il est défendu par un homme inexistant, ça se complique étrangement...

Wednesday, November 16 2005

Populaire, tu seras



Incroyable ! Plus le Ministre de l’Intérieur est critiqué par l’opposition, les médias et les diverses associations, plus il est populaire… Alors que les reproches fusent de tous côtés, même au sein de sa propre équipe gouvernementale (cf. Billet d’humeur « Moi j’ai les boules »), un sondage IPSOS-Le Point vient de révéler une hausse impressionnante de sa côte de popularité de 11 points, qui atteint les 63% ! Le Président de l’UMP passe ainsi en tête des hommes politiques préférés des Français.

Son action contre les violences urbaines est quant à elle approuvée par 68% des sondés. À croire que les tentatives de décrédibilisation intentées à maintes reprises contre lui ne servent à rien... 63% des Français approuvent également l’idée du Ministre de l’Intérieur d’expulser les étrangers impliqués dans les émeutes, y compris ceux en situation régulière.

La « méthode Sarkozy », pourtant si décriée, serait-elle vraiment efficace ? Même s’il est trop tôt pour juger sur des résultats globaux, nous pouvons néanmoins remarquer qu’en France il est le seul à déchaîner tant de passion pour la politique, ce qui n’est pas forcément un mal dans un pays où l’apathie avait tendance à se généraliser...

Tuesday, November 15 2005

Les mots justes



Hier soir, Jacques Chirac s'est adressé solennellement à la nation lors d'une allocution radiotélévisée. Le président de la République, vivement critiqué par l'opposition pour sa discrétion depuis le début de la crise des banlieues, a su délivrer aux français un message de fermeté et d’humanité.

Après avoir annoncé la prorogation de l'état d'urgence pour 3 mois, Jacques Chirac a tracé des perspectives d'avenir pour la nation; il s'est montré garant de la cohésion nationale et du respect des valeurs fondamentales de la République. Le Chef de l’État, en refusant l’impunité aux fauteurs de troubles, a su montrer son inflexibilité face aux « dérives criminelles de certaines minorités ». En réaffirmant la chance qu’elles ont d’appartenir à notre communauté, le président a rappelé que la violence n’était jamais une solution. Il a pris des engagements forts pour le pays : tout d'abord lutter contre l’immigration clandestine et n'appliquer le regroupement familial qu'à certaines conditions; ensuite combattre avec détermination le « poison » que sont les discriminations pour la nation et réformer l’école pour donner à chaque enfant un socle de connaissances fondamentales afin de faciliter l'égalité des chances.

Enfin, Jacques Chirac, qui avait mis un terme en 1996 au service militaire obligatoire, a annoncé la mise en place dès 2007 d'un service civil volontaire qui devrait concerner 50.000 jeunes « pour mieux aider les jeunes en difficulté à aller vers l'emploi en associant accompagnement et formation ». Une décision dont nous ne pouvons que nous féliciter tant elle est judicieuse pour une jeunesse en quête de repères et plongée dans une crise de sens et d'identité.

Le Président de la République, en nous appelant à tirer toutes les leçons de la crise majeure que traverse le pays, nous pousse à imaginer des solutions nouvelles. Il est maintenant du devoir de chacun d'entre nous de prendre toute part à la réflexion que Jacques Chirac vient d’engager. Il a demandé aux représentants des collectivités territoriales de respecter la loi SRU qui leur impose d'avoir au moins 20% de logements sociaux. « J'ai conscience des difficultés. Mais on ne sortira pas de la situation actuelle si l'on ne met pas en cohérence les discours et les actes ». Le Chef de l'Etat a en outre affiché sa volonté de rencontrer les responsables de toutes les formations politiques qui doivent eux aussi « prendre leur part de responsabilité et refléter la diversité de la France. C'est une exigence pour faire vivre notre démocratie », ainsi que les responsables de l'audiovisuel, jugeant que « les médias doivent mieux refléter la réalité française d'aujourd'hui ».

Le Chef de l'État, à l'aide des mots justes et adéquats, a donc su rassurer les Français et laisser entrevoir une sortie de crise rapide.

Lire la déclaration intégrale de Jacques Chirac (Elysee.fr)
Voir la vidéo de l'allocution de Jacques Chirac (TF1.fr)

Monday, November 14 2005

48h chrono



48h pour participer au mouvement populaire

À l’heure où le Parti Socialiste s’enlise dans des querelles de personnes, l’Union pour un Mouvement Populaire ouvrira ses portes au public durant 48 heures non-stop.

Les samedi 19 et dimanche 20 novembre 2006, l’UMP ouvrira les portes de son siège national et de ses permanences départementales aux Français. Des animations, débats, tractages et soirées seront organisés du samedi 9 heures au dimanche 21 heures, pour accueillir toutes les personnes désireuses de se renseigner sur la vie du mouvement et de partager un moment convivial et festif. De nombreuses animations seront organisées pour ponctuer ces 48 heures de dialogue.

L’objectif : donner à l’UMP une véritable assise populaire ! Avec plus de 180.000 adhérents à jour de cotisation, l’UMP n’a pas de limite dans son ambition en matière d’adhésions puisque chez nos voisins le Parti Populaire espagnol compte aujourd’hui 600.000 adhérents et la CDU (Allemagne) plus de 300.000.

Ainsi, tout au long de ces deux jours seront organisées des animations tous azimuts dans les départements. Participeront également les fédérations professionnelles, les Français de l’Étranger et les Jeunes Populaires qui seront chargés d’animer la nuit blanche au siège national.

Sunday, November 13 2005

Moi j'ai les boules



Jeudi dernier (10 novembre à 20h50), France 2 consacrait une émission spéciale dédiée à la crise banlieues, présentée par Arlette Chabot.

Lors de la première partie le Ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, a réaffirmé son objectif : nettoyer les banlieues des voyous, des racailles, ainsi que des économies souterraines (divers trafics de drogues, d'armes, etc.) qui les font vivre. Bref, son but est clair : faire jarter les emmerdeurs (criminels ?) pour laisser les braves gens (non, pas ceux qui se lèvent tôt le matin pour travailler; la plupart sont au chômage !...) vivre en paix. Il a donc réitéré son vocabulaire qualifié de "guerrier" par Azouz Begag (Ministre délégué à l'égalité des chances), à la différence près qu'il a abandonné le Kärcher, sans doute pour respecter l'interdiction de citer des marques à la télévision... (toute excuse est valable et je suis maître de ce billet, alors on se tait).

Julien Dray (porte-parole du PS), également invité, a quant à lui été plutôt désagréable. Contrairement aux autres invités socialistes et communistes, il s'est laissé emporter par une vague politicienne à un moment où les querelles de partis devraient s'effacer pour laisser place à une sorte d'union nationale. Le revoilà donc à réclamer le retour de la police de proximité... J'ai vu hier à la télé un gamin dire que ce qu'il manquait le plus dans sa cité, c'était un stade de foot ; Julien Dray semble croire, lui, qu'il leur manque des compagnons (en l'occurence des flics) pour taper dans la balle. A voir...

Malgré tout, la première partie était un peu tendue. Certains intervenants du public (habitant en banlieue) n'ont pas su se contenir. Un d'entre eux a notamment réussi à ternir l'image des jeunes banlieusards pourtant pas très jolie... Fermeture au dialogue, aggressivité, paroles hors de propos, non respect, et j'en passe. Certains diront toujours qu'il n'est pas responsable de cette non-communication... Tout comme certains légitimisent les connards qui brûlent des voitures ou des écoles! Je dis connard et je le maintiens. Tout est question de perception du monde. Certains à l'âme guerrière penseront que tout détruire est un moyen de se faire entendre. D'autres seront persuadés du contraire. D'ailleurs, qui n'est pas persuadé que ce genre de comportements va faire progresser les extrêmes et notamment Le Pen ? Personne semble-t-il. Pour en revenir aux deux visions de l'action, je pense que l'histoire nous a démontré à maintes reprises que les plus beaux combats ont été menés dans le calme. Chez Ardisson hier soir se trouvait le patron du journal Le Point, gauchiste parmi les gauchistes, qui a affirmé que Sarkozy faisait son devoir et que sa fermeté était nécessaire pour un retour au calme et pour ne pas donner raison aux Le Pen, Villiers et autres extrêmistes. Pourquoi la Gauche dans son ensemble n'arrive pas à être lucide dans ce genre de cas ? Pourquoi un groupe d'irréductibles s'entêtent et se complaisent à jouer le jeu de l'opposition bête et stupide ? Qui a dit 2007 ?...

« Moi j'ai les boules !... » - Jean-Louis Borloo, Ministre de la cohésion sociale

Moi aussi voyez-vous, j'ai les boules. De voir que les querelles de partis continuent sans cesse inutilement ; que les maires rejettent tout sur le dos de l'Etat, tout comme les départements et les régions. De voir que tout le monde pense que cette situation a été crée par Sarkozy, ministre depuis 3 ans. De traverser des banlieues aussi misérables quand je prends le tram. De voir toutes ces tours réunies, délabrées. Qui peut dire que la situation est le résultat de trois ans de sarkozisme ? Personne ! Du moins sans mentir. Cette situation a été crée par Mitterrand lorsqu'il a décidé d'entasser tout le monde dans des HLM. Je ne dis pas que les logements sont le seul problème de la crise actuelle. Mais ils en sont une grande partie. Même si les familles s'attachent à ces fameux HLM, nombre d'entre elles sont comblées quand elles ont droit à un vrai chez-elle, à un petit pavillon avec bout de jardin. Ces petits riens qui font les grands espoirs. Car c'est d'un espoir que Jean-Louis Borloo parlait. Même si évidemment un nouveau logement ne règle pas le problème du chômage, il apporte un peu d'espoir à ces familles qui n'en ont plus depuis longtemps. Et de calme... Tous les maires présents en deuxième partie de l'émission ont reconnu volontiers que les nouveaux pavillons apaisaient inévitablement les cités.

En dernier lieu je dirai que ce qui m'énerve, c'est de voir les gens repprocher à Sarkozy de ne pas faire de prévention, d'éducation, ou à Borloo de ne pas résoudre le chômage. Sarkozy est Ministre de l'Intérieur, pas de l'éducation; Borloo est Ministre de la cohésion sociale, pas de l'Economie. Personne n'irait voir sa boulangère pour lui demander un prêt de 100.000€ que je sache !

Point positif : un débat s'installe. Ne le laissons pas crever il pourrait ressurgir dans quelques années encore plus violemment...

Allegro barbaro



Les émeutes de Clichy-sous-Bois, depuis le 27 octobre, bientôt étendues à d’autres villes du département, et l’assassinat d’Épinay-sur-Seine, le même jour, sur le fond des violents conflits qui paralysent Marseille depuis plus d’un mois, mettent en lumière quatre traits accusés de notre société. Dans leur exaspération mutuelle, ils nous incitent à nous interroger sur l’état présent du modèle français qui dérive – allègrement – vers la barbarie, c’est-à-dire la régression intellectuelle et sociale. Sa spécificité tient à la conjonction de la banalisation de la violence, de la trahison de la langue, du renoncement de l’État et de la démission des élites responsables.

1. La banalisation de la violence :
Incivilités quotidiennes, violences sur les personnes et les biens, agressions physiques et sonores, trafics de stupéfiants, cocktails Molotov sur les forces de l’ordre, cailloutages des policiers et des pompiers, incendies volontaires, règlements de compte et assassinats crapuleux : la litanie de la violence s’amplifie à un point tel, dans certains quartiers réputés « difficiles », que l’on ne doit plus parler de guérilla, mais bien de barbarie urbaine. Sa banalisation, confortée par une constante médiatisation, dissimule son caractère pathologique qui, de métastases en métastases, risque d’infecter la société tout entière. Il n’est plus possible de la considérer comme l’exception qui confirmerait la règle de la démocratie, c’est-à-dire la primauté du droit, mais comme la règle, et même la loi, qui gouverne les banlieues, à savoir la loi du plus fort.
Personne n’ose réfuter les statistiques officielles dont nul n’ignore qu’elles sont sous-évaluées. D’après l’Institut des Hautes Études de la Sécurité, 31% des violences physiques seulement font l’objet de dépôts de plainte. Quant aux violences sur les biens, leur étiage est toujours aussi élevé même si la police se félicite du fait que, dans l’agglomération lyonnaise, 800 voitures seulement ont été incendiées de janvier à septembre, ce qui représente une baisse de 8% par rapport à la même période de l’année précédente. Dans la Seine-Saint-Denis, vingt à quarante véhicules sont incendiés chaque nuit, et l’on nous annonce que 9000 voitures de police ont été caillassées depuis le début de l’année. Dans la région de Strasbourg, certains ont pris l’habitude de fêter Noël, non plus autour de l’âtre, mais autour des carcasses de voitures calcinées. On ne compte plus, enfin, les écoles vandalisées, souvent dès la maternelle, ou les Maisons associatives pillées.
Le plus étrange, devant ces déchaînements de violence dont personne ne s’accorde sur les causes exactes, et encore moins sur les remèdes, est la placidité avec laquelle les responsables politiques et les acteurs médiatiques prennent la mesure, ou la démesure, de ces événements. On semble assimiler ces explosions sociales à des catastrophes naturelles, à ce titre inévitables, comme si notre vie commune restait indifférente au spectacle dramatique qu’elle se donne à elle-même. Rien ne devrait pourtant être indifférent à une démocratie dont le premier commandement est celui de la sécurité des personnes et des biens. Les habitants des beaux quartiers, ceux que protègent leur richesse, peuvent regarder d’un œil distant ou apitoyé les malheurs des quartiers pauvres, ravagés par l’inquiétude, la violence et l’abandon. Ils ne sauraient oublier que ceux qui y vivent ont un autre regard sur leurs voitures brûlées ou sur leurs immeubles vandalisés. Certains seraient bien avisés d’aller croiser un tel regard.

2. La trahison de la langue :
Quand on n’ose plus regarder les choses en face, on prend la parole pour mieux les occulter. C’est dire qu’en politique l’euphémisme est un hommage du vice à la vertu : à force d’euphémiser la langue, pour son confort intellectuel, on en vient à la trahir. La manipulation sémantique n’est pas nouvelle, Thucydide le constatait déjà à l’occasion des guerres civiles en Grèce : « les hommes en vinrent, pour qualifier les actes, à modifier arbitrairement le sens habituel des mots ». Tout ce qui relève de la « guerre civile » - comment qualifier autrement ce qui se passe dans les banlieues quand les représentants de l’État sont considérés comme des ennemis ? – est bien, selon l’historien grec, « une école de violence ». Elle tend à transformer la mentalité des gens par un déni de la réalité qu’ils vivent et par un déni parallèle de la langue qui l’exprime en une sorte d’insurrection verbale. C’est ainsi, lisons-nous, que l’audace insensée passa pour du courage, l’attentisme prudent pour de la frayeur et la modération pour le masque de la lâcheté (La Guerre du Péloponnèse, III, 82).
Appliquons ces modifications du sens habituel des mots aux violences que nous connaissons dans les banlieues urbanisées et en d’autres lieux. On ne parlera plus en France d’« émeutes », mais d’« actions de harcèlement »; de « délinquants », mais de « jeunes » ; de « policiers », mais de « provocateurs » ; de « trafic de stupéfiants », mais d’« économie parallèle » ; d’« acte de piraterie », mais de « détournement de navire » ou de « récupération de bien national » ; de « zones de non-droit », mais de « quartiers sensibles » ; d’« atteinte au droit du travail », mais de « mouvement de revendication légitime », etc.
Par peur d’affronter les difficultés de notre société, on n’ose plus appeler un chat un chat et Rollet un fripon, en oubliant que, selon Boileau, on ne peut rien nommer « si ce n’est pas son nom ». Les beaux esprits s’offusquent lorsque le ministre de l’Intérieur parle de « racaille » et de « tolérance zéro », ou bien se scandalisent de son discours « ultra-répressif » et de sa tonalité « volontariste » et « martiale ». Faut-il alors ne pas « réprimer » les actes racistes et les exactions antisémites ? Faut-il abandonner dans les domaines du chomage, de la maladie et de la pauvreté, toute « volonté » politique au profit d’une aboulie sociale ? Ou devons-nous plutôt respecter, avec la rectitude des mots la justesse des choses ? M. de Montebourg s’étonne que M. Sarkozy utilise des termes dégradants pour ceux à qui ils s’adressent. Mais il ne se demande pas si ces termes conviennent ou non à des trafiquants, des incendiaires et des criminels. Le mot de « racaille » signifie, pour le député socialiste qui a consulté son dictionnaire, « populace méprisable ». Mais qui est le plus à blâmer : celui qui est indigne de considération pour ses paroles ou celui qui est digne de mépris pour ses actes ?

3. Le renoncement de l’État :
Ce qui est en tout cas en cause, dans cette escalade de violences, c’est l’existence d’un espace public que tous les citoyens d’une même république pourraient partager et respecter. Il est de la responsabilité de l’État d’instaurer un tel espace, par son action législatrice, ou de le restaurer, par son action éducatrice, tout en assurant la sécurité des personnes et des biens, par une double action préventive et répressive. Or, depuis plusieurs décennies, les différents gouvernements ont renoncé à maîtriser ces violences qui sont autant dirigées contre les particuliers que contre la puissance publique elle-même.
En abandonnant à des bandes organisées ou volatiles le monopole de la violence physique légitime, pour reprendre la définition de Max Weber, l’État renonce à exercer sa fonction régalienne comme à assurer la sécurité de ses citoyens. Tous les théoriciens de l’État moderne, depuis Machiavel, Bodin ou Hobbes, l’ont identifié à une « puissance absolue et perpétuelle », ce qui est la définition même de la res publica pour Bodin, laquelle se distingue radicalement des autres ensembles communautaires dont on dénonce parfois les « replis » : clans, tribus, races, sectes religieuses, bandes etc. L’État est donc, par essence, le dépositaire et le maître des forces armées et des forces de polices. Non qu’il soit un État de police, comme certains le lui reprochent en songeant aux époques où l’arbitraire du prince régnait sans limites ; il est un État de droit lorsqu’il se comporte envers ses propres citoyens comme envers des sujets de droit pour sauvegarder leur liberté et leur égalité devant la loi.
On peut douter que l’État, la démocratie et l’espace public demeurent indemnes devant les violences endémiques qui ravagent la société. Lorsque, par calcul, par faiblesse ou par impuissance, on laisse proliférer les zones de non-droit ; lorsque la police ou les CRS qui représentent l’État sont interdits d’entrée dans certains quartiers ou sont dénoncés comme des provocateurs ; lorsque, enfin les pompiers eux-mêmes, parfois les médecins, sont menacés et agressés dans leur fonction d’assistance, il faut bien conclure à une sorte de dépérissement de l’État. Son autorité n’est plus ici défiée ou bafouée, mais bien détruite. L’État de droit se soumet insensiblement à l’état de fait lorsque ceux qui en ont la charge n’ont plus le courage de dire ce qui doit être dit et de faire ce qui doit être fait. C’est ce qu’avaient pressenti aussi bien Hannah Arendt qu’Alexandre Soljenitsyne quand ils considéraient « le déclin du courage » comme le trait politique majeur des sociétés contemporaines.

4. La démission des responsables : La trahison de la langue et la perte du courage conduisent invinciblement les hommes qui assurent de hautes responsabilités, en d’autres termes les élites proclamées, à se démettre de leur vocation première : celle d’être appelés à répondre de leurs paroles et de leurs actes. En premier lieu, devant les plus faibles et les plus démunis. Or, il est irresponsable de continuer à qualifier de « jeunes » ceux qui sont des délinquants, en jetant ainsi l’opprobre, d’une part sur toute une classe d’âge, d’autre part sur tous les jeunes gens qui habitent les quartiers pauvres. Lorsque M. Julien Dray déclare que « des centaines de jeunes » sont victimes de discrimination, et que « ce ne sont ni des voyous ni des racailles », il fait preuve de la même irresponsabilité que SOS Racisme qui dénonce « l’amalgame fait entre jeunes des quartiers et délinquants ». Car c’est en fait l’utilisation générale et systématique du terme de « jeune » qui favorise l’assimilation des habitants des cités avec ceux qui, jeunes ou moins jeunes, sont effectivement, et non pas nominalement, des délinquants. Personne n’a jamais eu l’idée de culpabiliser l’ensemble des habitants des banlieues violentées. Ce sont précisément les habitants de ces banlieues qui sont les victimes quotidiennes de toutes ces exactions.
Il est tout aussi irresponsable de minimiser les violences de Clichy-sous-Bois et d’autres cités, en en faisant porter le poids sur un ministre de la République, et non sur leurs auteurs, comme l’a fait un ancien Premier ministre de la République en accusant M. Sarkozy d’instaurer « un climat terrible » dans les banlieues. Il est encore plus irresponsable, et indigne, d’instrumentaliser la mort de deux jeunes gens affolés et réfugiés dans un transformateur de l’EDF pour mettre en cause la police, le gouvernement et l’État, alors qu’il s’agit d’un accident malheureux. Il est enfin, non seulement irresponsable, mais injuste, et pour tout dire, scandaleux, de faire deux poids et deux mesures lorsqu’on prétend parler au nom de la compassion et de la justice. Une marche de 500 personnes, en mémoire des deux jeunes gens électrocutés, à la suite d’un accident, a eu lieu à Clichy-sous-Bois en présence du maire de la commune. On ne sache pas qu’une même émotion ait conduit les habitants d’Épinay-sur-Seine et, plus généralement, les médias, à accorder le même hommage au père de famille de 56 ans qui est mort massacré en 90 secondes, sous les yeux de sa femme et de son enfant, à la suite d’un assassinat. Lui non plus n’avait rien à se reprocher, hormis le fait de prendre une photo d’un lampadaire avec un appareil numérique. Il sera mort pour rien, sans susciter de réactions de ces responsables patentés qui ne se sentent, et ne se sentiront jamais, ni responsables ni coupables.

Jean-François Mattéi
Institut Universitaire de France
Professeur à l'IEP d'Aix en Provence

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